Analyses

Construire un portefeuille « toutes saisons » en 2026

Actifs de croissance, stabilisateurs et protections contre l’inflation, maintenus en équilibre pour que le portefeuille ne soit jamais le pari d’un seul régime de marché.

En bref

Diversifier le portefeuille entre plusieurs moteurs de performance, puis ajuster les pondérations au profil de l’investisseur.

Dans l’environnement actuel d’inflation, de tensions géopolitiques et de chocs à répétition, à quoi ressemble concrètement un portefeuille « toutes saisons » ?

Un portefeuille « toutes saisons » repose sur une idée simple : nous ne savons pas ce qui vient ensuite. L’inflation peut revenir, la croissance peut caler, les taux peuvent évoluer dans le « mauvais » sens, ou la politique peut soudain peser sur les marchés. Si un portefeuille ne fonctionne que dans l’un de ces mondes, il est considéré comme fragile. Plutôt que de deviner le prochain régime, vous détenez donc des actifs qui gagnent pour des raisons différentes : les actions pour la croissance de long terme et l’innovation, les obligations de qualité et le monétaire pour la liquidité et la protection lorsque l’économie ralentit, et les actifs réels comme l’or, les matières premières et les infrastructures face à l’inflation, à la faiblesse des devises et aux tensions géopolitiques.

L’essentiel reste donc le moteur, pas l’étiquette. Les actions dépendent des bénéfices, les obligations des taux réels, l’or de la confiance dans la monnaie, les matières premières de la rareté et des cycles d’investissement. Si tout le portefeuille a besoin d’une inflation faible et de taux en baisse, vous n’êtes pas réellement diversifié ; vous faites simplement un seul grand pari macroéconomique.

Les obligations sont assurément utiles, mais elles n’ont rien de magique. Elles protègent généralement en récession, mais peuvent baisser avec les actions lorsque l’inflation surprend tout le monde. Les actifs réels sont à l’opposé : souvent ennuyeux dans les périodes calmes, mais extrêmement précieux lorsque les devises s’affaiblissent ou que l’énergie et les matières premières se font rares. Dans le monde actuel d’électrification et de réindustrialisation, ils ne sont pas seulement une assurance, ils participent à la croissance de l’économie réelle.

La géographie compte aussi. Les régions mènent des politiques différentes à des moments différents. Ne détenir qu’un pays et qu’une devise est une concentration cachée. Se répartir entre les États-Unis, l’Europe et une sélection de marchés asiatiques et émergents réduit donc le risque qu’une seule erreur de politique domine le résultat.

En pratique, il ne s’agit pas d’une recette figée, mais d’un cadre flexible. À titre d’exemple, une répartition pourrait associer 50 % d’actions, 25 % d’obligations et de liquidités, et 25 % d’actifs réels tels que l’or, les matières premières et les infrastructures. Cet exemple n’est ni une allocation recommandée à tous les investisseurs ni la composition d’un mandat proposé sur le site : les pondérations dépendent notamment des objectifs, de l’horizon et de la capacité à supporter des pertes.

Les pondérations s’ajustent ensuite selon les conditions de marché et les profils de risque des clients. Lorsque le risque d’inflation monte et que les devises s’affaiblissent, vous penchez davantage vers les actifs réels et moins vers les obligations. Lorsque le risque de récession domine et que les rendements réels sont attractifs, vous augmentez les obligations de qualité et la liquidité. Les investisseurs plus prudents portent structurellement moins de risque actions, les investisseurs plus dynamiques en portent structurellement davantage, mais sans jamais éliminer les blocs stabilisateurs ou protecteurs contre l’inflation.

Ce qui ne change jamais, c’est la structure : les trois moteurs restent présents. Actifs de croissance, stabilisateurs et protections contre l’inflation coexistent pour que le portefeuille ne soit jamais le pari d’un seul régime. L’objectif n’est pas une prévision habile, mais un ensemble équilibré qui peut s’adapter à la marge tout en restant diversifié entre les scénarios d’inflation, de récession et de croissance.

La dernière pièce est la discipline : rééquilibrer régulièrement permet de ramener les pondérations vers les limites retenues. Vous allégez les positions devenues trop importantes et renforcez celles qui sont sous-pondérées. Cette méthode aide à maîtriser la concentration, sans garantir d’acheter au plus bas ni de vendre au plus haut.

Bien sûr, ce ne sera pas la meilleure performance chaque année. Mais en combinant des actifs qui répondent à des forces différentes et en les maintenant en équilibre, le portefeuille est conçu pour rester investissable à travers l’inflation, les récessions et les chocs, plutôt que pour gagner un seul débat macroéconomique.

Quels risques de long terme les investisseurs sous-estiment-ils le plus souvent, malgré leur capacité à affecter durablement le capital ?

Tout d’abord, le risque le plus sous-estimé et le plus insidieux est l’inflation : même une inflation faible (2 à 3 %) détruit une part considérable du pouvoir d’achat sur 20 ou 30 ans. Un rendement nominal positif peut masquer un rendement réel négatif, et récupérer l’intégralité du capital à l’échéance ne préserve pas nécessairement ce capital si le rendement global est inférieur à l’inflation sur la période considérée. C’est un risque invisible, insuffisamment pris en compte par la plupart des investisseurs.

Vient ensuite le risque de concentration du capital, par exemple lorsqu’il y a trop de concentration sur un pays, un secteur ou un titre, les performances passées ne préjugeant pas des résultats futurs.

Troisièmement, une approche d’investissement sans plan clair en matière de diversification, d’horizon et d’évaluation du risque est en définitive le risque le plus destructeur : elle conduit à vendre pendant les périodes de crise et souvent à acheter au mauvais moment, la psychologie prenant le pas sur l’analyse, avec le plus souvent des conséquences désastreuses. Le risque de long terme suivant concerne la liquidité : des ventes forcées dans de mauvaises conditions sur des instruments illiquides peuvent entraîner des pertes en capital significatives.

Un autre risque concerne les grands changements économiques : une inflation ou une désinflation durables, voire une déflation, qui peuvent éroder le capital à long terme ; une dette publique massive et son effet sur les taux d’intérêt de long terme ; des évolutions des régimes fiscaux et réglementaires qui peuvent avoir des conséquences négatives pour certains secteurs.

Enfin, il y a le risque d’incertitude. Avec l’inflation et le risque comportemental, c’est peut-être l’un des risques les plus difficiles à appréhender, car les investisseurs ont besoin de stabilité. L’incertitude augmente la probabilité de changements de stratégie, avec les conséquences négatives que cela peut entraîner.

Les marchés actions sont de plus en plus tirés par un petit nombre de grandes valeurs : pourquoi cette concentration crée-t-elle des risques cachés pour les investisseurs ?

En 2025, le S&P 500 a enregistré un rendement total d’environ 17,9 % en dollars américains, dividendes réinvestis. Selon l’analyse de RBC Wealth Management fondée sur les données FactSet, sept sociétés ont apporté environ 52 % de ce gain : NVIDIA, Alphabet, Microsoft, Broadcom, JPMorgan Chase, Palantir Technologies et Meta.

Un indice peut donc réunir plusieurs centaines d’entreprises tout en dépendant fortement de quelques grandes positions. Ces sociétés n’ont pas toutes le même métier, mais plusieurs sont exposées aux dépenses technologiques et au développement de l’intelligence artificielle.

Le risque n’est pas de détenir ces entreprises, mais de sous-estimer leur poids cumulé dans le portefeuille. Une révision des attentes de croissance, une hausse des taux ou un ralentissement des dépenses d’IA peuvent affecter plusieurs grandes positions à la fois. Détenir un indice diversifie les titres, sans supprimer les concentrations sectorielles ou les facteurs de risque communs.

La progression des marchés peut aussi être très inégale selon la taille des entreprises. Sur les douze mois achevés le 30 avril 2025, l’indice Russell 1000 des grandes capitalisations américaines a gagné environ 11,9 %, contre 0,9 % pour le Russell 2000 des petites capitalisations, en rendement total et en dollars américains. Il ne s’agit pas des performances depuis le début de 2025. Source : FTSE Russell.

La réponse n’est donc pas d’éviter les gagnants, mais de ne pas s’appuyer uniquement sur eux. Une diversification réelle consiste à ajouter des moteurs de performance indépendants : des entreprises de qualité au-delà des premières pondérations, une sélection de petites et moyennes capitalisations, les marchés internationaux et émergents, ainsi que des thèmes tangibles comme les infrastructures ou l’électrification.

Comment les stratégies multi-actifs aident-elles à absorber la volatilité et à stabiliser les portefeuilles lorsque les régimes de marché changent ?

Entre le 31 décembre 2010 et le 31 décembre 2025, le Nasdaq 100 a dégagé environ 1 230 % de rendement cumulé, contre environ 390 % pour le MSCI World, en dollars américains et avec dividendes bruts réinvestis. Ces ordres de grandeur sont calculés à partir de la série Nasdaq 100 Total Return diffusée par la Réserve fédérale de Saint-Louis et des rendements annuels du MSCI World (2011, 2012–2025). Ils illustrent la force passée des grandes valeurs technologiques, pas une raison de renoncer à la diversification : les résultats dépendent de la période et de la devise choisies et ne préjugent pas des performances futures.

Cette période n’a pas été linéaire. La correction de 2018, la chute liée au COVID-19 en mars 2020 et le changement de régime de 2022 ont rappelé la vulnérabilité des portefeuilles concentrés. En 2022, actions et obligations ont pu baisser simultanément : une répartition entre ces deux classes d’actifs ne suffisait donc pas, à elle seule, à éviter les pertes.

D’autres actifs peuvent se comporter différemment. En 2022, l’or a progressé d’environ 0,4 % en dollars américains selon le LBMA Gold Price PM, d’après le World Gold Council. Cela illustre l’intérêt de diversifier les expositions, sans prouver qu’un portefeuille multi-actifs aurait systématiquement fait mieux. Le résultat dépend des actifs retenus, de leurs pondérations, des frais et du rééquilibrage. Les placements alternatifs comportent eux aussi des risques de perte et ne constituent pas une protection uniforme.

Le message d’investissement central est donc simple : l’allocation d’actifs compte lorsque les régimes macroéconomiques changent. Il ne s’agit pas seulement de choisir des actifs, mais de calibrer les expositions selon les fondamentaux, les valorisations et les risques. La diversification vise à réduire la dépendance à un seul scénario économique ; elle ne garantit ni un rendement positif ni la préservation du capital.

Les fortes variations quotidiennes de l’or à la fin de janvier 2026, relevées par le World Gold Council, rappellent également qu’une conviction de long terme n’empêche pas des mouvements brusques à court terme. Même un actif utilisé pour diversifier le portefeuille peut occasionner des pertes importantes si son poids devient excessif.

Dans l’article du 20 février 2026, nous décrivions une exposition aux actions, avec une préférence pour les valeurs décotées et les marchés émergents, complétée par du crédit européen, une allocation mesurée à l’or, des investissements thématiques, des hedge funds et des produits structurés. Il s’agit de la position présentée à cette date, pas d’une allocation actuelle ni d’une recommandation personnalisée.

Pour les produits structurés, une éventuelle protection du capital dépend des conditions du produit, de l’échéance et de la capacité de l’émetteur ou du garant à rembourser. Une sortie anticipée peut entraîner une perte, même lorsqu’une protection est prévue à l’échéance. Repères sur ces risques : FINRA.

Pourquoi une gestion du risque efficace relève-t-elle davantage de la structure du portefeuille et de la discipline que de la prévision des marchés ?

Une erreur de prévision n’est pas la seule source de perte : une exposition trop importante ou une réaction précipitée peuvent en amplifier les conséquences. Il est difficile de prévoir de façon répétée le prochain mouvement des taux, de l’inflation ou des actions. Un portefeuille construit autour d’une seule prédiction reste donc fragile si le scénario change. La gestion du risque consiste notamment à limiter les conséquences d’une erreur, plutôt qu’à supposer que les prévisions seront toujours justes.

C’est pourquoi la structure compte plus que les prévisions. Un portefeuille diversifié selon de véritables moteurs économiques (et pas seulement par le nombre de titres) se comporte très différemment d’un portefeuille diversifié seulement sur le papier. Des actifs qui répondent à des forces différentes (croissance, inflation, liquidité, actifs réels, régions et devises variées) réduisent le besoin qu’une seule prévision macroéconomique soit juste.

La discipline permet de mettre cette structure en pratique. Les limites de position, le rééquilibrage régulier et des règles prédéfinies aident à éviter qu’une position devenue dominante ne concentre trop de risque. Cela peut être inconfortable sur le moment, mais donne un cadre aux décisions, sans éliminer le risque de perte.

En ce sens, une bonne gestion du risque est anti-héroïque. Elle ne repose ni sur des prédictions audacieuses ni sur un timing parfait. Elle repose sur des comportements répétables : contrôler la taille des positions, répartir les expositions, et accepter que l’incertitude soit permanente. La valeur ajoutée est simple mais puissante : concevoir le portefeuille pour qu’il survive aux surprises. Si vous y parvenez avec constance, vous n’avez pas besoin de prédire les marchés pour les traverser.

Dans des marchés qui évoluent vite, pourquoi la planification financière de long terme est-elle essentielle pour rester investi et obtenir des résultats résilients dans la durée ?

La planification de long terme aide à distinguer une réaction à la volatilité d’un changement réel de situation. Sortir du marché pendant une baisse peut conduire à manquer une reprise, mais rester investi n’est pas adapté à tous les besoins : l’horizon, les liquidités nécessaires et la capacité à supporter des pertes restent déterminants.

Les meilleures séances peuvent survenir dans des périodes très incertaines. Selon une étude présentée par Hartford Funds à partir des données de Ned Davis Research, 78 % des 50 meilleures séances du S&P 500 entre 1995 et 2024 se situaient pendant un marché baissier ou dans les deux premiers mois d’un marché haussier (graphique de 2025, page 3). Cet exemple historique illustre la difficulté de choisir ses dates de sortie et de retour ; il ne permet pas de prévoir les prochaines reprises.

La chute liée au COVID-19 en mars 2020 en est un exemple clair : les marchés se sont effondrés en quelques semaines, mais une part significative de la reprise s’est produite en quelques jours et semaines, bien avant que les données économiques ou l’actualité ne s’améliorent. Des schémas similaires ont été observés lors de chocs politiques ou géopolitiques. En conséquence, même les investisseurs professionnels peinent à sortir et à revenir sur les marchés au bon moment de façon répétée.

D’un point de vue comportemental, le FOMO (la peur de manquer) est un risque réel et coûteux, car il crée un fort conflit émotionnel précisément au mauvais moment. Les investisseurs qui vendent pendant les replis le font souvent pour retrouver un sentiment de contrôle et réduire l’anxiété de court terme. Mais une fois que les marchés commencent à se reprendre, ils restent fréquemment à l’écart, regardant les prix monter alors que l’incertitude demeure élevée. Cela crée de la frustration, des regrets et de l’hésitation : les marchés semblent « s’échapper », alors que l’investisseur a le sentiment qu’il est déjà « trop tard » ou craint une nouvelle phase de baisse.

À mesure que les marchés rebondissent, les investisseurs peuvent hésiter entre rester à l’écart ou revenir à des cours plus élevés. Ce décalage peut peser sur la performance. Un plan établi à l’avance aide à examiner les décisions en fonction des objectifs et du risque accepté, plutôt que de la seule émotion du moment.

En pratique, un plan d’investissement de long terme associe diversification, niveau de risque adapté et besoins de liquidité. Des revues régulières permettent de vérifier qu’il reste cohérent avec la situation du client. L’objectif est de prendre des décisions suivies et compréhensibles, sans promettre de capter toutes les hausses ni d’éviter toutes les baisses.

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